Quelle place pour les femmes dans la sexualité ?

Béatrice Gamba est porte-parole de Mix-cité

Natacha Henry est journaliste et auteure de Frapper n’est pas aimer (Denoël)

Homme, femme, sexualité : quelle est le problème?

Dans la conception commune de la sexualité, il y a encore aujourd’hui un parti pris complètement erronné qui considère l’homme plutôt actif et la femme plutôt passive, note Natacha Henry. Comme si le désir de l’homme était plus fort que lui, qu’il était impuissant à le dominer. Dans les téléfilms, les livres, le discours, on représente fréquemment la sexualité par un homme qui veut et une fille qui ne veut pas. Elle ne peut pas se donner tout de suite, sinon c’est une fille facile. L’homme l’incite, la force gentiment et à la fin, elle est bien contente.

En 2012, on en serait encore là?

Oui. Il y a un sexisme ambiant très politiquement correct, poursuit Natacha Henry. Qui présuppose que le consentement des femmes en matière de sexualité est en option. Et que les hommes sont sujets et non objets du désir. Idée que relaie la pornographie. Je pense qu’on a raté l’autonomie des filles. On leur a appris que toute leur valeur était dans le regard que l’homme porte sur elles.

Comment considère-t-on implicitement un rapport sexuel ? questionne pour sa part Béatrice Gamba. Il va de l’érection de l’homme jusqu’à son éjaculation. Et pourquoi pas de la lubrification du vagin de la femme jusqu’à son orgasme ? Son plaisir à elle n’entre pas dans l’identification objective de ce qu’est la relation sexuelle. C’est plutôt la cerise sur le gâteau.

Une idée pour faire mieux?

Un garçon à qui l’on dispenserait une éducation affective, à qui l’on parlerait amour, tendresse, relations sympathiques et consenties, ça profiterait à tout le monde, pense Natacha Henry. Combien de garçons considèrent encore comme un aveu de faiblesse de dire qu’ils sont amoureux ?


Des photos et des mots pour le dire

Étudiante de 19 ans, Grace Brown photographie des personnes ayant été victimes d’agressions sexuelles qui présentent sur un carton les mots prononcés par leur agresseur. Lancé en octobre dernier, son blogue Project Unbreakable a fait beaucoup parler de lui. Le Time vient de l’inclure parmi les 30 blogues Tumblr à surveiller. Troublant.

Lire la suite sur le site Internet du journal montréalais La Presse.

Réécouter

Juliana nous a invitées sur l’antenne de Canal B pour parler du livre, donc du viol.

Pour réécouter les chiffres, les analyses, la lecture d’un témoignage.

 

Des violeurs TRES peu suivis

Aujourd’hui, en France, comment un violeur condamné est-il suivi par l’institution judiciaire?

Pour commencer, il écope d’une peine de douze à quatorze ans de prison, en moyenne : des temps de détention élevés par rapport à d’autres pays européens. Huit fois plus nombreux qu’il y a vingt-cinq ans, les agresseurs actuellement incarcérés pour toutes sortes d’infractions sexuelles sont près de 9000. D’autres purgent leur peine en milieu ouvert, c’est-à-dire hors d’une prison. Avec ou sans bracelet électronique. Dans le cadre d’une semi-liberté, d’une libertéconditionnelle, d’un sursis avec mise à l’épreuve, ou de travaux d’intérêt général. Mais personne ne sait combien ils sont exactement. Il n’existe pas de statistique nationale identifiant les condamnés en milieu ouvert par type d’infraction. Depuis 1998, les condamnés pour viol sont censés pouvoir être aussi « soignés ». Ils sont astreints à un suivi sociojudiciaire assorti, la plupart du temps, d’une « injonction de soins ».

Combien de condamnés pour agression sexuelle sont actuellement concernés par une injonction de soins en France?

«Nul ne le sait précisément. On les estime à 3800», dit Martine Lebrun, présidente de l’Association nationale des juges d’application des peines (Anjap). Très peu de mineurs y sont soumis, alors que les professionnels s’accordent sur l’importance de leur prise en charge précoce, pour prévenir la récidive. Nombre d’entre eux ayant commis leur première infraction sexuelle à l’adolescence. Avec l’injonction de soin est apparu, en 1998 également, le médecin coordonateur qui fait le lien entre le magistrat chargé de l’application de la peine et le médecin du condamné, qui assure les soins. Ils sont essentiels. Mais, en 2010, 32 tribunaux de grande instance et 16 départements n’avaient toujours pas de médecin coordonnateur. Certaines injonctions de soins prononcées ne sont donc jamais exécutées comme telles, faute de médecin coordonnateur. Par ailleurs, elles ne concernent quasi exclusivement que des condamnations aux assises. Les violeurs jugés par un tribunal correctionnel auront, au mieux, une obligation de soins, d’une durée moyenne de trois ans. Au final, moins de 2,5 % de l’ensemble des violeurs sont condamnés aux assises et donc «soignés».

  Extraits du chapitre 9 :

« Comment soigne-t-on les violeurs? »

La honte

Rendez-vous pour une conférence débat, mercredi prochain 23 novembre, à 20h, à la maison des associations de Rennes :

Viol, la honte a-t-elle changé de camp?

Chaque année en France, 75 000 femmes sont violées. 1 sur 10 porte plainte et 2% des violeurs sont condamnés. 2011 a été marquée par une plus grande visibilité des faits de viols et violences sexuelles contre les femmes. Des féministes se sont unies pour faire entendre les voix des victimes et dénoncer la tolérance face aux violences masculines. Les associations qui soutiennent les victimes dans leurs actions de dénonciation, ont vu les appels se multiplier. Dans ce contexte, les perceptions du viol, des victimes et des agresseurs sont-elles en train de changer ? Peut-on parler d’une libération de la parole des femmes ? Les victimes sont-elles mieux entendues et mieux défendues par leur entourage, la police et la justice ?

Organisé par Questions d’égalité, le débat sera mené par Marie-France Casalis, Béatrice Gamba et Nolwenn Weiler.

Pourquoi ne parlent-elles pas?

Seulement 10% des victimes de viol dénoncent leur agresseur, aujourd’hui, en France. Pourquoi est-ce si difficile pour toutes les autres de parler ?

Parce qu’à cause de nos préjugés sur le viol (Un viol a lieu la nuit, par un inconnu, avec un couteau), les victimes ne mettent pas le mot « viol » sur ce qu’elles ont vécu.

Parce qu’elles craignent de ne pas être crues, d’être mal jugées ou d’être réduites à l’état de victime. Trop souvent la société leur renvoie le message “peut-être l’as-tu bien cherché” ou “maintenant, passe à autre chose”. Parce que beaucoup de femmes sont violées, jeunes, par quelqu’un de leur entourage. Comment en parler?

Parce qu’elles ne font pas confiance à la procédure judiciaire. Elles craignent le “Mais pourquoi avez-vous écarté les jambes?” du policier, le “Enfin, pourquoi ne vous-êtes vous pas débattues?”

Parce qu’elles veulent oublier. Il est tellement difficile de prendre conscience qu’on n’est pas complètement maître de sa propre vie, que celle-ci peut nous échapper d’un moment à l’autre. Qu’il est possible d’être humilié, chosifié, même si on y est pour rien. Elles préfèrent se taire car elles pensent que c’est un moyen d’oublier.

Elles ont peur d’attrister leur entourage ou craignent les représailles de l’agresseur. Réduire sa victime au silence, en disant qu’elle a bien cherché ce qui lui arrive, fait partie de la stratégie des agresseurs. Elles sont freinées par un sentiment de loyauté, quand il s’agit d’un membre de la famille ou d’un ex-conjoint. En dénonçant, elles craignent de briser une cohésion familiale. Alors que c’est bien le violeur qui l’a brisée.

Le viol est une agression qui utilise les organes sexuels, il n’a rien à voir avec la sexualité, qui est un partage. Mais on confond viol et sexualité. La sexualité étant intime, tabou, les victimes de viol n’ose pas parler de ce qu’elles pensent être “privé”. Car si elles étaient agressées sur n’importe quelle autre partie du corps, elles en parleraient plus facilement.

Souvent, aussi, les victimes parlent, mais elles ne sont pas entendues.

Photo: Laurent Guizard

A Rennes le 3 novembre

Vous êtes invités à rencontrer Nolwenn Weiler et Audrey Guiller qui viendront parler de leur enquête, Le Viol, un crime presque ordinaire,

au Club de la Presse de Rennes, le jeudi 3 novembre à 18h30.

Au 9, rue Martenot. Tel: 02 99 38 60 70.

 

Des questions. Des réponses.

Pourquoi les femmes ne parlent-elles pas? Comment les agresseurs sont-ils pris en charge ? Que faudrait-il améliorer pour pouvoir mieux prendre en charge les victimes et lutter contre le viol? Pour réécouter et pour revoir les auteurs invités à parler du livre.

Nolwenn Weiler répond aux questions de Brigitte Lahaie, sur RMC. Podcast 19/10 de 15h à 16h.

Audrey Guiller répond aux questions de Jacques Pradel sur RTL.

Le livre présenté au Magazine de la Santé, sur France 5.

Classé sans suite

La justice française a classé sans suite la plainte de Tristane Banon pour tentative de viol contre DSK. Etait-ce prévisible ?

Audrey Guiller et Nolwenn Weiler : Cette décision n’est pas une surprise en soi. Il est fréquent que les plaintes pour viol, ou tentative de viol, n’aboutissent pas. Dans plusieurs tribunaux français, la moitié d’entre elles sont classées sans suite ou font l’objet d’un non-lieu. En revanche, il est rare que les femmes portent plainte pour viol ou tentative de viol : elles ne sont que 10% à le faire. Dans le cas de Tristane Banon, il y a prescription car les faits avancés par la romancière, qualifiés d’agression sexuelle par la justice, datent de 2003 et n’ont été révélés à la justice que huit ans plus tard. Mais il faut savoir qu’un tel délai est souvent nécessaire aux victimes de viol ou de tentative de viol pour oser parler et déposer plainte. Elles ont besoin de temps. Par peur de ne pas être crues, peur du regard des autres ou parce que, pour continuer à vivre après un tel évènement, certaines vont faire un “blackout”.

Extrait d’un article publié par France 24.com

Un couteau, un pistolet

Nul besoin de couteau on de pistolet pour violer. Un viol sur deux est commis sans qu’il y ait eu aucune autre violence physique.

La peur, la sidération, les menaces suffisent à pétrifier la victime. « La victime se retrouve dans la même situation qu’un lapin traversant une route de nuit et qui est pris dans les phares d’une voiture : figé, tétanisé, incapable de réagir, il se laisse écraser par la voiture », décrit le docteur
Emmanuelle Piet, présidente du CFCV.

70% des victimes ont moins de 17 ans. 80% d’entre elles connaissent leur agresseur. La contrainte instaurée par l’agresseur peut découler d’un lien d’autorité, d’une différence d’âge ou de hiérarchie dans la famille, d’une dépendance financière ou de l’idée selon laquelle une femme se doit d’avoir des relations sexuelles avec son mari.

Un Blog WordPress.com.
Thème : Esquire par Matthew Buchanan.

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